jeudi, février 08, 2007

Le Paradis de l'enfance



Il regardait dans la poussière qui couvrait la salle; impressionné par ces petites particules toutes blanches qui volait librement. « Qu’est ce que j’aurais aimé voler ! » Il se disait avec son regard plein de contes de fées et de valeurs qu’on lui a inculqué dans cette école.

Il était fier de ce qu’il apprenait : que des valeurs nobles et tellement fraîches dans sa tête qu’il les savourait avec un plaisir démesuré comme il savourait cette belle odeur de colle qui accompagnait si merveilleusement ses particules dansant au rythme des mélodies qui se faufilaient de la classe d’à coté et qui chantaient le printemps et l’amour pour les parents !

« Maman ! » Il se disait, « qu’est ce que j’aime maman » . Il était heureux juste au souvenir de sa mère qu’il adorait à un tel degré qu’il ne pouvait pas le lui montrer. Ni les fleurs qu’il lui cueillait du jardin ni les dessins qu’il passait des heures à faire pour elle ne suffisaient pour montrer tout ce qu’il éprouvait pour elle.

« ejjenatou tahta akdami il oumahati ! » C’est ce que son instituer leur disait … Ca voulais dire que le paradis se trouve sous les pieds des mères. Depuis ce jour là il prenait soin de marcher sur les pas de sa mère tout en observant tantôt ses sublimes pieds tantôt ses marches dans le sol en se disant « alors est ce cela le paradis ? »

C’est vrai qu’il trouvait ses marques dans le sol vraiment magiques. Et puis, en sentant la belle odeur de sa mère qu’il pouvait distinguer de toute autre odeur associée à sa grâce quand elle marchait, il comprenait parfaitement toute la vérité de la citation que son maître leur répétait : c’est bel et bien le paradis !

« Papa ! » Il l’aimait aussi, mais avec lui c’est toute une autre relation. C ‘était évident qu’il était plus attaché à sa mère qu’a son père mais c’était aussi évident de ne pas le dire quand des adultes lui posait la question piége « qui préfères-tu ? Ta mère ou ton père ? » . Il se contentait avec un sourire timide de dire « je les aime tous les deux ! » Car à l’école on leur a appris le respect et l’amour des parents et on n’a jamais distingué ! Alors pourquoi le ferait t-il lui ?

En fait s’il était si formel dans son verdict c’est qu’il a jugé le sens inverse de la relation car sa mère le chouchoutait et le prenait des fois dans ses bras, chose que son père ne faisait jamais !

C’est ainsi qu’il commença à prendre des conclusions sur le fait d’être un homme : il faillait ne pas montrer ses sentiments, être un peu dur et même crier de temps en temps !

Du coup, il ne pouvait plus s’aventurer devant les autres à se coller à sa mère ou mettre sa tête sur ses jambes la laissant le soin de lui caresser ses cheveux, il attendait avec impatience les moments de solitudes familiales ; loin des cousins et oncles qui pouvaient le taquiner sur cet acte tout en le désignant du doigt et en disant « ya dalloul ! » Qui signifie : « tu es un enfant trop gâté ! » Ce qui était une grave accusation dans son entourage.

C’est pourquoi il fallait qu’il cherche d’autres moyens pour compenser ses moments d’intimité qui lui ont été volé à son jeune âge.

Toutes ses roses qu’il cueillait avec grand soin et tous ses dessins qu’il faisait, valait rarement un câlin de sa maman. Elle se contenait de lui lancer un sourire reconnaissant qui a ses yeux était une belle récompense mais pas aussi belle que quand elle le prenait dans ses bras son nez contre le parfum de sa nuque charnelle, son cœur battant contre le sien … dans ses moments là, il se demandait si son maître vénéré n’était pas trompé sur la notion de paradis !

Se penchant sur la question « comment avoir des câlins ? » Il remarqua qu’à chaque bonne note qu’il ramenait à la maison c’était non seulement le sourire mais aussi ce moment paradisiaque qu’il guettait.

Depuis, il n’apprend plus parce qu’il aime apprendre des valeurs et des notions aussi nouvelles qu’intéressantes pour son esprit encore quasi-vierge mais plutôt pour ramener la note magique qui lui donnera tout l’amour qu’il recherche !

Un rire étouffé d’un de ses camarades l’arracha de ses rêves, il regarda l’instituteur qui était assis sur son bureau en train d’écrire avec son fameux stylo rouge.

Il ne comprenait toujours pas pourquoi tous les instituteurs choisissait cette couleur et pas une autre. Quelques copains disaient que c’était parce que les stylos des instituteurs étaient spéciaux car ils étaient conçus avec le sang des mauvais élèves qui ont été frappé sur les mains avec de si douloureuses branches d’olives que leurs mains étaient pleines de sang. Ce même sang a été, par la suite, récupéré pour la fabrication de ces stylos !

Evidement, il ne croyait pas a cette explication car selon lui les instituteurs étaient à quelques exceptions prés- des gens très gentils et qu’il aimait énormément et respectait infiniment.

Tout à fait à gauche, il observait Mehdi qui parlait à son voisin et dissimulait un rire étouffé ce qui a valu un regard de l’instituteur pour faire taire tous ceux qui chuchotaient !

Qu’est ce qu’il haïssait ce Mehdi ! Lui, il n’aurait jamais osé rire comme ça en classe.

« En plus, je participe beaucoup plus que lui …je ne comprends pas comment il peut être le premier de la classe ! »

Dans d’autres circonstances, il aurait été son ami car il le trouvait très drôle, et puis tout comme lui, il aime les avions et veux être pilote de chasse quand il sera grand.

Ce qu’il haïssait c’est ce qu’il représente : à cause de ce Mehdi il a tant vécu de chagrins et a tant été dépourvu de moments de tendresse.

Au début, il se souvient que tout alla bien, il ramenait les belles notes qui entraînaient des beaux compliments, même son père en était fier et à court de le prendre dans ses bras comme faisait sa mère, il l’emmenait avec lui au souk et lui achetait du chocolat tout en ajoutant « ya wildi ! » Qui signifiait « mon fils ! » C’était la tendresse maximale que pouvait montrer son père.

Mais tout se bouscula quand il tomba dans la même classe que Mehdi.

- J’ai eu un 9/10 en orthographe !

- C’est bien mon fils … c’était la meilleure note ?

- Non, Mehdi a eu 9.5/10 !

- Comment ? Et tu es fier de toi-même ?

- Le maître m’a écrit dans ma feuille : « bien ! »

- Et pourquoi ce n’est pas toi qui as eu 9.5 ?

- ….

- ALLEZ HORS DE MA VUE …INCAPABLE !

Il haïssait quand son père criait … ça lui faisait peur : à chaque cri, il tremblait de ses pieds à sa tête et puis se sentait coupable de ne pas être le meilleur et donc d’être banni, exclu du paradis comme il le concevait et ne pouvait donc plus se laisser à son monde imaginaire et à ses jouets ni a ses rires insensés et a ses méditations enfantines ni moins a ses moments de bonheur en symbiose avec ses arbres qu’il grimpait ses chats qu’il caressait et ses copains qu’il accompagnait.

Plus le temps pour tout ça, il doit être le meilleur pour plaire à son père et surtout pour être cajolé par sa mère. Il ne faisait que faire et refaire des exercices dans toutes les matières rêvant du bel odorat qu’il découvrira sur sa mère quand ses efforts seront récompensés … sa mère qui est paradoxalement a quelques mètres de lui !

Le maître commençait à distribuer les carnets de fin d’année et un frisson bizarre le traversa. Il commença à trembler comme quand son père lui criait dessus. Un souvenir amusant lui fit surface : c’était quand son père a été grippé et a perdu la voix. Il lui criait dessus ce jour là mais comme sa voix n’était plus forte, ça ne lui faisait plus peur … tout au contraire, ça l’amusait comparant la voix de son père a un pouvoir magique qu’il aurait perdu !

Jettent un coup d’œil a Mehdi, il n’a pas pu comprendre sa sérénité absolue ! As t-il un père avec une voie cassée ? Il ne pouvait pas en être sur !

Son tour pour avoir son carnet s’approchant, il commençait à rêver de sa mère et un souvenir le transperça : C’était l’année dernière, il rentrait de l’école, sa mère était assise dans la cuisine les jambes nues et à travers ses cuisses il voyait un seau avec une odeur de détergeant, entre ses mains il apercevait son maillot préféré de sport qu’il avait porté la veille …elle fredonnait une chanson qui disait « quand reviendra mon fils .. » Elle a levé ses yeux vers lui et lui a sourit et sans l’interroger sur ses notes elle lui a ouvert les bras et il a couru comme un assoiffé pour se coller contre elle et l’a serré avec toute sa force.

- Nizar !

- Oui Monsieur …

- Tu as une moyenne de 15.56 je te félicite continue !

Il était rassuré par les compliments de son instituteur mais il ne pouvait s’empêcher de lui demander naïvement :

- Monsieur … est ce que je suis premier de la classe ?

- Non .. Tu es le deuxième …Mehdi tu as eu 15.60 de moyenne c’est très bien .. Continue !

Pour le consoler, le maître lui a annoncé, tout en lui caressant les cheveux, pour lui faire sécher ses larmes qui coulaient si abondement que lui-même avait les larmes aux yeux :

- mais Nizar … c’est presque la même chose …

- Oui pour vous … pas pour ma famille … je n’irais jamais au paradis !

Ne comprenant pas sa dernière remarque l’instituteur s’est éclipsé et a laissé Nizar a ses pleurs tout en ayant un pincement de cœur pour lui.

Voilà qu’il se retrouve seul dans la classe. Il a beau essayé, mais il n’a pas pu interrompre ses larmes … il a prit son carnet et marcha dans la rue lentement car il n’avait aucunement envie de rentrer chez lui !

12 commentaires:

El-mourrr a dit…

Eyh oui !! des souvenir ! ejbed mel tarikh ya wlidi ... hathouma houma el doussiette el re9da wala blach !!!

gouverneur de Normalland a dit…

thank u el-mourrr :) ettarikh you3idou nafsahou ;)

stupeur a dit…

Chnowa Nizar?
7a99zk twalli wzir soussa wennajm erriadhi esse7li :p

tes3a snin tji etheni ....!!!

tbarkallah alik
:)

mais tu ira au paradis
meme si t'es deuxieme
tu a ma benediction

gouverneur de Normalland a dit…

@stupeur: je crois que tu te trompes de personne, je ne m'appelle pas Nizar ce n'est que le nom du personage.

pour le paradis ...c toi qui a les ticket ? fait attention a notre ministre du marché noir ... :p

stupeur a dit…

les noms importent peu
:)

pour ce qui est du paradis, comme je suis ministre du tourisme et des voyages, je peux acheter les billets a l'étranger et en devises, comme ca on dépense bien l'argent du contribuable!

chady a dit…

@gouverneur: je me suis presque identifier à nizar , à sa tristesse et sa solitude et ses chagrins, ama dhaher cinéaste tounsi stal w l7am, lyoom fhemt chma3neha oeudipe , ena llyoom n7eb baba w n5af mennou

@stupeur: t'es pas mon ami toi ,je te comprends pas, wallah

Sami III a dit…

7ammamtli 9albi :'(
méskin! kén les notes fi normalland ywalliw kima amirika (A+, A, B-, ...) khir, la différence n'existera que si elle mérite d'exister, chnou a9wal él ministre mté3 9illét éttorbiya wou kathrét él hamla?

stupeur a dit…

ah bon ?
chnowa chady ?

cha3malt ena ?
je joue mon role de ministre en bonne et due forme
:)

sinon pour l'etoile c'est les taquineries du foot
:)

gouverneur de Normalland a dit…

@sami iii : wallahi si c t comme cela les notes en Tunisie, les mentalités vont changé et les gens oublieront la concurence stupide cherchant les notes et ainsi les enfants penserons a apprendre plus qu' a chercher la note !

kattoussa a dit…

:'(
ena tawa fhemt les enfants elli kenou m3aya w kenou yebkiw kif mayjiwech loulin ou encore quand ils sont deuxieme !!!!
c'est triste...
je m'estime heureuse, mes parents m'ont toujours appris à aimer la concurrence, montrer le mieu de soi même, sans que ça devienne une maladie...
sinon, je reste stupéfaite concernant la théorie du stylo rouge...
(très attachant à lire...au plaisir ;) )

baz2x1 a dit…

je n'étais premier qu'une fois pendant mes études primaires. J'ai eu droit à 50 dinars dans mon compte épargne. Cet argent je l'ai récupéré à mes 20 ans et je me suis soulé avec . vive l'école!!
Sinon l'école pour moi c'était surtout les copains, la peur du maitre pour ne pas avoir appris sa récitation et et le calcul (Ichtara 7ammadi arba3atou baythatin ....)

gouverneur de Normalland a dit…

@baz2X1 : ba3a 7ammadi el baydhatou wa bala3a bihim ...kem ba9ya 3adadou el baydhaat ..wa kam daamat el sakratou ?